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Shooting Dogs (2005)



Shooting Dogs est réalisé par Michael Caton-Jones, réalisateur que j’adore pour avoir réalisé un de mes films culte : Rob Roy. Ici, il s’attaque de nouveau à un sujet fort. Un sujet de haine, un sujet social, un sujet que beaucoup de monde semble avoir oublié trop vite en Europe : le massacre des Tutsis au Rwanda. Shooting Dogs est donc un film basé sur des évènements réels et a été filmé sur les véritables lieux des faits, avec la collaboration des survivants (quelques uns sur 2500 tués). Le producteur et co-scénariste David Belton travaillait en 1994 à Kigali pour la BBC. Ce film est une réponse à son besoin de "rendre hommage à tous ceux dont les télévisions du monde entier ont refusé de montrer la mort en direct sous des prétextes fallacieux". Le contexte du film est le suivant : depuis 3O ans, les Tutsi ont été persécutés par le gouvernement. Le Rwanda était plus ou moins divisé entre deux "communautés" : les Tutsi et les Hutu. En 1994, le Président accepte de partager le pouvoir avec les Tutsis. Dès lors, tout se détériore très rapidement. Tout le monde commence à faire n’importe quoi, et un véritable génocide se mets en place. Mais ici, pas de camps de concentrations, tout se passe dans les rues, dans les maisons, dans les villes. 



Shooting Dogs est un film britannique et allemand, qui se positionne plus du côté des blancs (anglais, belges) qui se retrouvent au milieu du conflit. Les personnages principaux sont deux hommes, un vieux prêtre, et un jeune, son assistant. Les deux s’occupent d’une école au Rwanda et lorsque les massacres commencent, les réfugiés viennent chez eux. Tout le long du film, ils vont faire leur possible pour aider ces rescapés Tutsis, tout en ne comprenant pas comment un pays peut en arriver là. 
Pour une approche différente, je vous conseille au passage un autre film qui parle du même sujet : Hôtel Rwanda (2004), qui montre plus ou moins les mêmes choses et le même genre de scènes, mais dans un Hôtel, et non une école. Il y a pourtant une vision plus "locale" du conflit vu que le personnage principal est un Rwandais. Toutefois, le film reste un film à voir, ne serait-ce que pour son sujet, et l’éternel devoir de mémoire. Le titre Shooting Dogs, est évidemment évocateur de la violence et de la haine totale visible dans le film. Les tueurs semblent avoir totalement perdus leur humanité, et il y a pire : il ne s’agit pas que des militaires, ce sont des civils qui tuent leur voisins, leur amis… et personne n’est à l’abri, pas même les enfants. Tout ça à cause d’un simple nom sur un papier d’identité : Tutsi. Là où le film frappe fort (comme les autres sur le sujet), c’est qu’il montre l’incapacité des militaires et de l’UN de venir en aide à la population. Ils ne se contentent que d’aider les blancs, alors que ce sont bien les seuls qui ne sont pas vraiment en danger. Le personnage du prêtre, interprété par John Hurt, acteur charismatique de grand talent, offre une vision nouvelle, celle de la religion. Si Dieu existe, où est-il dans tout ça, et comment peut-il laisser de telles horreurs ses produire ? Est-ce que Dieu aime tout le monde, même les tueurs ? Etc. Je précise tout de même que ce n’est pas du tout un film avec un message religieux, c’est juste un point de vue principal, celui d’un personnage.

Au delà du côté historique et du sujet difficile, c’est un film que j’ai « apprécié ». Parce qu’il n’ y a aucun désir de tout dramatiser comme on pourrait s’y attendre. Le film n’est pas tombé dans ce piège. Pas d’histoire à l’eau de rose, pas de scènes qui durent des heures sans raison : tout se passe très rapidement, et on a vraiment l’impression de vivre au même rythme que les personnages. Les morts meurent vite, c’est cru, c’est terriblement simple, et dénué de toute humanité. Et pour cela, je trouve que c’est très bien vu : la plupart des morts du films n’ont pas d’identité, cela pourrait être n’importe qui, et le réalisateur n’essaye pas de nous faire nous apitoyer sur leur sort. Il montre juste la brutalité et le côté irréel de la chose. Le réalisateur a lui-même déclaré que la fiction lui avait permis de sensibiliser principalement le spectateur à "l'horreur de ce moment". Le seul problème du film serait qu'il n'a pas du tout développé le côté politique, et qu'on n'a pas forcément tous les éléments en main pour comprendre l'ampleur du sujet. Mais cela reste un film pour le public, qui ira lui-même se renseigner s'il se sent concerné, donc je pense que ce n'est pas si grave. C'est toujours impossible de faire un film de moins de 2 heures sur un sujet historique et politique, alors, pas de casse...



L’acteur principal est Hugh Dancy, qui arrive à faire passer son côté beau gosse en second plan et qui offre une jolie interprétation sans prétention d’un jeune blanc qui est tiraillé entre sa conscience et sa peur de mourir. C’est pourtant un personnage comme un autre, car ce film réussit l’exploit de rendre ses personnages principaux comme étant de simples spectateurs qui essayent d’aider. Pas d’héroïsme stupide, peut-être uniquement parce que tout est basé sur des faits réels. On suit aussi rapidement l’évolution d’un homme Hutu qu’ils ont connu et qui est passé dans le camp des tueurs. Mais pareil : aucune explication, car au fond, est-ce qu’il y en a besoin ? Mais j’ai apprécié que l’on voit ce genre de personnes, ce qui nous fait comprendre qu’absolument tout le monde a été touché. Personne ne pouvait échapper à ce qui s’est passé cette année là. Et en trois mois, 800 000 Rwandais sont morts assassinés. Hommes, Femmes, Enfants. Et rien que pour ça, c’est un film à voir. Que vous vous intéressiez au conflit Rwandais ou non, je pense que vous ne ressortez pas indemne d’un film comme cela. Rien que d’imaginer ce que les gens là bas ont pu vivre, et le voir porté à l’écran… c’est quelque chose d’assez intense.

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