
Il n’y a pas à dire, Kenneth Branagh est un homme qui touche à tout. Grand acteur de théâtre et de cinéma, il se lance dans la réalisation en 1989 et adapte un auteur qu’il admire et adule : William Shakespeare. Il réalise donc Henry V, avant de réaliser plus tard d’autres œuvres du même auteur : Beaucoup de bruit pour rien, Hamlet, Peines d’amour perdues, As you like it… Son amour du théâtre et de la tragédie se ressentent dans tous ses films, et c’est, pour ma part, un de mes réalisateurs préférés. Car c’est un des rares qui ose jouer dans ses propres films, sans que cela n’ait l’air d’un élan égocentrique. C’est un acteur de grand talent, sans aucun doute, et un réalisateur intelligent, doté d’une capacité à s’atteler aux grandes œuvres de la littérature anglo-saxonne tout en gardant son intégrité, et celle de l’œuvre. Dead Again est un film écrit par Scott Frank, scénariste de Minority Report. C’est un film que l’on pourrait considérer comme « policier », genre que je n’aime pas en règle générale, mais lorsqu’il s’agit de Kenneth Branagh, le tout produit par Sydney Pollack, comment résister !
Tout commence avec des coupures de journaux, et une musique puissante qui met tout de suite dans l’ambiance : de l’action, une petite dose de mystère, quelque chose de grandiose. On comprend qu’il y a eu un meurtre, un procès, et un condamné à mort : Strauss. L’histoire du film, on nous la laisse comprendre avec les coupures de journaux, mais aussi par la lumière et les jeux de regard. Puis, tout change. On se retrouve visiblement avec les mêmes acteurs, mais des personnages différents, à une autre époque. Le noir et blanc devient de la couleur et les plans étranges et théâtraux deviennent classiques et « basiques ». Une femme, Grace (interprétée par Emma Thompson), amnésique, récupérée par un couvent, qui hurle toujours au milieu de la nuit. Puis un détective privé, Mike Church (Kenneth Branagh) qui décide de l’aider à retrouver qui elle est. Mais on comprend rapidement qu’il y a un lien entre les deux histoires. Mais laquelle est la vraie histoire ? Celle en couleur ou celle en noir et blanc ? Ou peut-être les deux ? Il s’agit visiblement d’une vie parallèle, les deux personnages principaux se sont connus avant, et l’un a tué l’autre. L’histoire va-t-elle se répéter ? Tout vient en fait d’une bague : lorsqu’un mari la donne, ils sont unis pour toujours, ne deviennent plus qu’un. Rien ne peut les séparer, pas même la mort…et c’est exactement ce qui arrive. Pendant tout le film, les deux héros « modernes » se rapprochent, et tout nous laisse penser que l’histoire va se répéter. Va-t-il la tuer, encore une fois, dans cette autre vie ? Et surtout : est-ce que les personnages sont vraiment ceux que l'on s'imagine ?
Les deux histoires du film s’enchainent chacune à leur tour. La jeune femme qui a perdu la mémoire essaye de la retrouver en se faisant hypnotiser, ce qui nous permet de découvrir sa vie passée. Évidemment, le spectateur n’attend qu’une seule chose : savoir ce qui s’est passé. J’ai beaucoup apprécié la construction de ce film : le suspense est présent, juste assez pour que l’on veuille voir la suite. Mais jamais « too much ». Pour un deuxième film, il y a déjà un niveau cinématographique assez impressionnant. Je n’ai jamais vu de film de ce genre. Il est très bien construit. Kenneth Branagh et Emma Thompson font un couple formidable à l’écran (et d’ailleurs, à la vie). Il y a un réel lien entre eux, et cela se voit. Le film a un twist "ending", sauf qu’il n’est pas à la fin, ce qui le rend encore une fois en dehors des normes. Pas de « surprise » préparée, on a nos réponses bien avant la fin du film, mais on ne sait toujours pas ce qui risque de se passer. Alors on s’accroche, et on en veut encore. Tout ça avec une musique somptueuse qui fait vraiment tout le suspense du film, chapeau...
Le meurtre clé du film, dont on parle dès les premières minutes, a été fait avec une paire de ciseaux. Et tout le long du film, cet objet ne cesse d'apparaître. Tout le temps, partout. Pour nous rappeler la menace qui pèse sur les personnages, mais aussi pour rappeler l'intrigue, et nous forcer à toujours y réfléchir. C'est un autre élément du film que je trouve intéressant, et ça n'a rien à voir avec la toupie dans Inception....
La scène finale entre les deux est vraiment extrêmement bien jouée, et je l'ai trouvée magnifique d'un point de vue visuel. Tout va de plus en plus vite, et on est tenu en haleine à un point pas possible. Même si encore une fois, la musique de fond fait la moitié du travail. J'ai rarement entendu une bande son omniprésente à ce point, du début à la fin. Mais c'est un processus intéressant qui montre, pour moi, un désir de faire un film moderne avec l'intensité des films classiques. C'est un film qui aurait eu sa place à Hollywood dans les années 50. Le personnage de l'antiquaire est... sûrement le plus mémorable du film. Mais pour le comprendre, il vous faudra le voir.
Le cinéma de Kenneth Branagh est un cinéma surprenant. Il s’est attaqué à bien des genres tout en arrivant à faire à chaque fois des films exceptionnels, tant d’un point de vue esthétique que psychologique. Notre esprit n’arrête pas de travailler, se posant milles questions, et en cherchant dans l’image quelque chose qui pourrait résoudre l'intrigue du film. Ainsi, on devient nous aussi détective privé, se prenant à élaborer des théories plus ou moins folles pour se sentir moins manipulés par les images. C’est ce sens du détail qui me plaît. Cette façon de jouer habilement avec le spectateur, sans rien lui cacher. Robin Williams a un petit rôle secondaire dans le film, rôle qu’il joue avec brio (comme d’habitude). Il en est de même pour Andy Garcia, acteur atypique que je ne m’attendais pas à voir là, mais qui fonctionne bien.
Dead Again est un film à ne pas manquer. Malgré de longs dialogues et une histoire bien plus compliquée qu'il n'y parait, le film passe rapidement et on ne s'ennuie pas.
Dans tous les cas, ce film était une bonne surprise, et je reste sur ma position en disant que Kenneth Branagh est un des plus grands réalisateurs de notre époque. Épatant !