
S'il y a bien une chose qu'on adore faire en France, c'est réaliser des films historiques. Enfin, des téléfilms à grande échelle, généralement même découpés en plusieurs épisodes. Pour ma part, malgré le fait qu'on y trouve souvent les meilleurs acteurs, je ne suis pas fascinée par ce genre de choses. C'est souvent trop long malgré des sujets intéressants. Mais quoiqu'on puisse en dire, c'est en général là qu'on trouve également les meilleures réalisations. Et je vais vous parler d'un téléfilm que j'avais regardé vraiment par hasard et que j'avais adoré: Les Amants du Flore.
Une seule partie, de très bon acteurs, et un sujet des plus intéressant, qui n'avait jusqu'à présent jamais été traité au cinéma. C'est à dire, la vie et l'œuvre de deux des plus grands écrivains français, tous deux mondialement reconnus, et tous deux responsables d'œuvres majeures, magistrales, et provocantes. Et vu que ces deux écrivains passèrent plus de la moitié de leur vie ensemble, c'est l'occasion rêvée de faire un bon film, mélangeant histoire, littérature, et amour. Vous l'aurez sans doute compris, Les Amants du Flore se consacre à Jean-Paul Sartre et de celle qu'il appelait "Castor" et qui partagea sa vie pendant de nombreuses années: Simone de Beauvoir. Ce téléfilm est réalisé par Ilan Duran Cohen, producteur,scénariste, mais également écrivain (plusieurs romans à son actif).
Pour se faire, le film avait bien des sources, qu'il exploite largement, et qui pourrait expliquer pourquoi il semble si complet, et si réaliste. Parmi ces sources, La Force De L'âge, et La Force des Choses, deux mémoires publiés par Simone de Beauvoir dans les années 60. Mais également beaucoup de correspondances de cette dernière, à ses amis, ses connaissances. C'est donc essentiellement la vision de Simone qui sera appliquée, bien que le film traite autant d'elle que de Sartre.
La période couverte par le film est immense, et débute par leur rencontre en 1929, à la Sorbonne. Puis, toutes les périodes de leur vie sont développées, que ce soit des petites anecdotes ou des évènements majeurs tel que la création du journal Les Temps Modernes.
J'ai vraiment grandement apprécié ce film, qui, au delà d'une belle mise en scène, m'a apporté beaucoup de choses. C'est rare de nos jours d'arriver à intéresser autant le spectateur à l'histoire, en se basant sur autre chose que la célébrité des acteurs. Certes, l'acteur principal est Lorant Deutsch, connu de tous, et qui se fait plaisir en jouant dans ce film, lui qui est passionné d'histoire. A ses côtés, Anne Mouglalis, qui interprète une Simone tant douce que froide, intellectuelle, bornée, fière, sensible. Simone de Beauvoir, c'était la plus jeune agrégée de philosophie de son temps (hommes inclus), et une des premières femmes de France à écrire des romans qui, même de nos jours, fascinent et interpellent.
Simone construit son existence entière sur le résultat de ce concours : elle se veut, pour toujours, « la première après Sartre ». Il la considère, en retour, comme la seule femme digne d'être son interlocuteur, la seule qui lui soit « nécessaire ». En guise de demande en mariage, le jeune homme lui propose un pacte dans lequel la monogamie comme le mensonge n'auront pas cours. Pour la plus grande gloire de la littérature et de la connaissance de l'âme humaine, ils doivent multiplier les expériences chacun de leur côté et se les raconter dans les moindres détails. (Cinémotions.com)
Au delà d'une page d'histoire, le film se consacre donc au "pacte" conclu entre les deux auteurs, et est donc plus proche de la comédie dramatique qu'un film à prétention biographique. Sincèrement, on s'en fiche pas mal, tant les émotions sont au rendez-vous. Et je parle des vrais émotions, pas des élans de romantisme qu'on a l'habitude de voir dans ce genre de téléfilm. Ici, que du bon: j'ai vraiment été happée et fascinée par l'histoire.Clémence Poésy fait également un petit rôle qui lui va très bien, celui d'une jeune fille bisexuelle, tiraillée entre les deux auteurs. Le film part de l'innocence de la jeunesse puis devient beaucoup plus sombre, les protagonistes comprennent doucement que la vie n'est pas qu'un jeu, que ce qu'ils font ou disent a un impact sur la population française. On y découvre le sens du mot passion, le sens du mot "féminisme" également. Beaucoup de sujets traîtés en apparence avec légèreté, mais qui en fin de compte en fait un film profond. A côté, le film sélectionne clairement ses sujets, et fait exprès d'en "oublier" d'autres. Mais peu importe, ce qui nous intéresse, comme le titre le sous entend, ce sont eux, les amants du Flore, Sartre et son "Castor".
Lorent Deutsch montre qu'il est un des rares jeunes acteurs français à tenir vraiment la route, mais offre une vision de Sartre peut-être un peu trop légère. En effet, il a plutôt l'air d'un adolescent capricieux que d'un grand écrivain. Choix volontaire de la réalisation? Ou juste faute de jeu? Dans tous les cas, c'est Anna Mouglalis qui porte le film, et qui réussit à transmettre cette ambiguïté qui caractérisait si bien son personnage.
En conclusion, enfin un bon téléfilm français qui ne dure pas 5H. Et pour une première réalisation, c'est plus que très bien... alors si vous aimez Sartre, Beauvoir, ou la philosophie, c'est un film à ne pas manquer. Sinon, si vous tombez dessus... ne zappez pas trop vite, c'est vraiment sympathique.