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Mouth to Mouth



Comme je l'ai déjà dit, il y a des films comme ça, qu'on sait qu'on va adorer dès les premières secondes. Je ne sais même plus comment j'ai eu l'idée de regarder celui-ci, mais j'ai déjà eu un sourire en voyant un des noms que j'apprécie s'afficher au générique: Ellen Page. De l'avant Juno, mais qui jouait déjà le même style de rôle, celle de la jeune fille un peu paumée, un peu atypique, jolie mais sans être une bombe sexuelle, à qui on colle un look de rebel, un peu clichée, mais aussi touchante, parce qu'on se reconnaît un peu, ou qu'on reconnaît des filles que l'on a pu connaître. Bref, une bonne surprise. Et tout s'enchaîne agréablement.

Tout début en plein Londres, à Camden plus exactement. On y rencontre Sherry (Ellen Page), une jeune fille au look gothique/rebelle/rockeuse. Elle a ses écouteurs bien vissés sur la tête, et elle danse, ou plutôt sautille dans la rue. Quelques minutes plus tard, elle rencontre un beau jeune homme qui lui tends un flyer avec un grand sourire, lui disant qu'elle peut changer le monde, qu'elle peut les aider, que c'est un nouveau concept qui va faire fureur. Intriguée, plus par le mec que par le concept, elle décide de venir à sa réunion, et tombe sur une bande de jeunes un peu loufoques qui expliquent comment sauver quelqu'un qui fait une overdose. N'ayant rien à faire et recherchant de nouvelles attaches, elle décide de les suivre dans leur van et se retrouve rapidement embrigadé dans une aventure qu'elle ne sera pas prête d'oublier. Leur "bande" s'appelle "SPARK", et leur slogan qui va s'avérer très lourd de sens vers la fin du film: Spark it up. Mais tout finira plutôt "down" et tout le monde sombrera doucement dans l'opposé de ce qu'ils ont voulu créer...

Mouth to Mouth pourrait être les utopies hippies appliquées à une bande de drogués, anciens SDF et schyzophrènes complètements ravagés. S'approchant plus du look punk à chien que des hippy à fleur, le film propose une réflexion sur la vie en communauté: ses problèmes, ses points positifs, mais aussi ses habitants. On y découvre les principes de base d'une vie "utopique": on fait ses propres lois, ce qui est à nous est aussi aux autres, etc. Mais très vite, inévitablement, certaines personnes prennent le dessus. Les "lois de nature", la loi du plus fort, ou du plus charismatique. Un drame se produit, puis un deuxième plus tard, et quelques personnes comprennent que tout n'est pas rose dans le monde qu'ils se sont construits.

Le film frappe fort et montre une jeunesse déchue, oubliée de tous. Il montre les bas fond de la société, ces gosses oubliés par leur parents qui en sont réduits à se chercher une autre famille, plus difficile encore que celle qu'ils avaient connus. Mais au delà d'une réflexion sur cette vie à plusieurs, c'est aussi un film sur la relation mère-fille, autour du personnage de Sherry, et de sa mère qui la rejoint pendant le film.


Close Your Eyes and Picture the Perfect World...

Les acteurs sont brillants, et chaque personnage, même mineur (Jim Sturgess y fait une toute petite apparition), ont leur importance, et leur personnalité. Le film effleure des clichés mais ne s'y abandonne pas, et dresse des portraits intenses de ces jeunes qui veulent changer le monde mais qui, en fin de compte, tombent dans un véritable enfer. J'ai trouvé que ce film était agréable à regarder, très fin, très beau. On s'approche des idées hippy mais on les montre à travers autre chose, donc pas de flower power, plutôt la saleté de la rue qu'on retrouve partout: dans les visages, dans les vêtements, dans les couleurs du film. La fille qui joue le rôle de Nancy (Beatrice Brown) est vraiment putain bien, comme un autre rôle d'un gars complètement à l'ouest mais qui représente bien les "camés" de "base"... Le rôle de la mère de Sherry est là aussi à l'opposé complet de ce qu'on aurait pu croire, interprété par Natasha Wightman, épatante....

Mouth to Mouth est sortit en 2005 sous le titre français débile "Rebelle Adolescence" (pfff). Il est réalisé par Alison Murray qui n'a qu'un autre film à son actif que je n'arrive pas à trouver: Train on the brain. Comme tous les films indépendants: belle musique. Nick Cave, Noir Désir, The Bug, The Stranglers. Tout ça autour d'une belle photographie, des "beaux" acteurs loin des tronches classiques d'Hollywood et très jolis délires, notamment avec quelques scènes de danse complètement "out" de tout le reste. Drôle, triste, violent, doux, une très belle "presque" scène de sexe, beaucoup de courage de faire un film comme ça.

Bref, moi j'ai adoré, comme je m'y attendais...

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