
Adam Resurrected est un film très…étrange. Je l’ai regardé sans connaître l’histoire, uniquement pour deux acteurs que j’adore : Jeff Goldblum et Willem Daffoe. Le film en lui-même a été une expérience troublante, et frôle le scandale de part son sujet.
Adapté d’un roman très controversé de Yoram Kaniuk's, qui fut un des premiers à parler de l’horreur de l’Holaucaust et de ses répercutions sur les gens. Le film parle donc de Adam Stein (Jeff Goldblum), un performeur de cirque juif, qui se retrouve interné dans un camp de concentration. Un officier Allemand reconnaît l’homme le plus drôle d’Allemagne et décide de prendre Adam sous sa protection et fait de lui…son chien. Oui oui, son chien. Adam est donc enchaîné et doit se comporter comme un chien, partageant la nourriture du vrai chien de garde, aboyant, etc… Il se plie aux désirs de l’officier dans l’espoir de sauver sa famille (et aussi parce qu’il faut bien avouer qu’il n’a pas trop le choix).
Le film ne se passe quasiment pas dans le camp, mais dans une maison de fou après la guerre. Adam y est interné, et on a juste des petits flash backs en noir et blanc pour qu’on comprenne sa vie. On a donc a la fois le passé de Adam, et son présent, obligé de se réadapter à la vie d’homme lorsqu’on a passé des années à faire le chien.
Jeff Goldblum est impressionnant dans son interprétation, autant en clown, qu’en chien, ou qu’en homme tourmenté. Il fait des tours, fait du violon (balèze), fait du cirque, des pas de danse, tout. Ce mec aurait fait un putain de bon clown. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir dans beaucoup de films à part Jurassik Park et La Mouche, alors de le voir dans un film pareil…c’était inattendu.
Le sujet est assez violent en soi, des hommes qui se prennent pour des chiens, c’était difficile à aborder. Oui, je dis des hommes, car il y en a d’autres. Il y a un gosse qui se prend pour un chien, et que Adam va prendre sous son aile. On ne sait pas trop pourquoi, ni ce qu’il voit en ce gosse. Un chien ? Une part de lui ? La relation entre les deux est encore une fois très très malsaine et belle à la fois.
En soi je trouve le film assez réussi, mais il y a beaucoup trop de passages inutiles dans l’asile. Je précise qu’il ne s’agit pas d’un cliché d’asile psychiatrique avec des dingues qui hurlent comme on pourrait croire. Il s’agit plutôt d’une immense maison en Israël, avec des gens tourmentés mais tout de même loin d’être fous. Adam Stein est un mentor pour tous ces gens, et il aime jouer avec cette situation, souvent en recréant les mauvais traitements qu’il a pu subir dans les camps. Par exemple, il se tape une des infirmières et lui demande souvent d’aboyer pour elle.
J’ai été frappée par le fait que des acteurs acceptent de jouer ce genre de scènes, je trouve que c’est bien plus difficile de jouer un chien et d’aboyer en se roulant par terre que de tourner une scène de sexe. Malheureusement, le film aurait pu frapper bien plus fort mais il semble stagner sur le côté canin. Il se rattrape un peu en offrant une vision cynique et parfois très drôle des traumatismes engendrés par la guerre.
Willem Daffoe joue l’officier Allemand, terriblement angoissant sans avoir besoin de faire quoique ce soit. Rien que sa gueule dans cet uniforme représente la folie de certains hommes de pouvoir. On imagine qu’il y a eu bien pire que lui, et c’est encore pire.
Conclusion, le film aurait pu être bien meilleur, surtout qu’il est réalisé par Paul Schrader, qui a tout de même écrit 4 films de Scorsese dont Taxi Driver. Mais aussi Obsession de Brian De Palma. Et il a réalisé American Gigolo avec Richard Gere. Donc bon, ce n’est pas n’importe qui. J’ai juste regretté que le film ne soit pas très clair par moments, et qu’en fin de compte, on ne retient que le côté glauque et clairement sadique, fétichiste etc…
Il n’en est pas moins créatif et original, mais quelque chose manque, et c’est bien dommage, car ce film aurait pu être un grand film. Je pense que je lirai le roman, car beaucoup de scènes doivent mieux rendre à l’écrit que sur un écran. La puissance des mots se retranscrit mal au cinéma