
With Honors aka Avec les félicitations du Jury est un film que j'avais vu à la télévision il y a bien longtemps, en 1996. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est un film qui m'avait marquée à l'époque. J'avais même noté des citations dans un carnet quelque part, et je l'ai enfin revu, des années après. Verdict ? Oui, je l'aime toujours autant. C'est un film comme il en existe beaucoup : un peu comme Le Saint de Manhattan ou Finding Forrester.
Certes, il ne présente aucune véritable surprise, mais c'est une belle histoire, c'est touchant et drôle à la fois, réaliste, à l'image de la vie mais évidemment romancé, et les acteurs valent vraiment la peine. Pour moi ce film, c'est un peu Génération 90 mélangé avec Le Cercle des Poètes Disparus. Avec un Joe Pesci qui fait penser à Robin Williams dans The Fisher King de Terry Gilliam. C'est un film "classique" : deux personnages se rencontrent : ils ne se ressemblent pas mais apprennent l'un de l'autre. Et en fin de compte, c'est celui qui n'attendais rien qui en apprend le plus. Facile ? Dans un sens oui, mais ça reste un joli petit film à voir.
L'histoire, plus précisément, est celle de Montgomery "Monty" Kessler (Brendan Fraser), un étudiant de Harvard en train d'écrire sa thèse sur le Gouvernement. Malheureusement, son ordinateur tombe en panne et, alors qu'il se rendait à la Bibliothèque pour faire des copies, sa thèse s'envole et tombe malencontreusement dans les mains d'un SDF, Simon (Joe Pesci), qui lui trouve qu'il vaut mieux la brûler tant il a écrit des conneries. Monty, paniqué, va s'embarquer dans une histoire pas possible, en proposant au SDF de l'aider et de lui rendre des services contre les pages de sa thèse. Evidemment, ils vont devenir plus ou moins proches et Monty va devenir de plus en plus attaché au vieux Monsieur. La suite, c'est à regarder, mais on va avoir toutes les histoires auxquelles on peut s'attendre: Monty habite avec des colocataires qui ne vont pas forcément voir cette amitié d'un bon œil. De plus, l'histoire se passe en hiver, et la vie d'un SDF n'est évidemment pas facile pendant cette période...
Mais passons. Au delà de l'histoire basique mais plutôt sympathique, le casting du film est un vrai bonheur. Les colocataires ont des petits rôles mais sont tout de même agréables à croiser de temps en temps (on retrouve alors Moira Kelly et Patrick Dempsey). Brendan Fraser signe pour moi ici son meilleur rôle dans un film après The Air I Breathe et c'est grâce à ce film que j'ai apprit très tôt à apprécier son talent d'acteur, bien avant qu'il ne se mette à faire des films de merde. Mais c'est évidemment Joe Pesci qu'on retiendra le plus. Bien que son personnage me fasse vraiment (vraiment) trop penser au cliché du SDF Farfelu (ex: Fisher King) , il est vraiment excellent et arrive à apporter une dimension autre à son personnage. Ce type est touchant, quoiqu'il fasse, même avec l'histoire qui aide au côté dramatique. Mais le film est également une petite comédie, chose qui se ressent essentiellement avec des dialogues pertinents et intelligents.
J'ai trouvé que ce film réussissait le tour de force de rendre l'histoire à la fois drôle et touchante, sans pour autant partir dans des grands monologues ou des clichés insupportables. Ce n'est pas du gros film Hollywoodien, et c'est fort dommage que le réalisateur, Alek Keshishian n'est pas refait d'autres films du même niveau. Il s'est contenté de faire un film à la con avec Brittany Murphy, et puis plus rien...
Le film est également une analyse de la société et du regard que l'on porte sur les sans-abris sans vraiment réaliser qu'ils ont été des personnes et qu'ils ont eu une vie. De ce point de vue là, c'est un des rares films à traiter du sujet de cette façon là, car il montre les deux côtés du monde, et oppose deux personnages qui sont dans deux classes sociales complètement opposées: le riche étudiant d'une université prestigieuse, et le vieux monsieur qui dort là ou il peut et qui lutte pour ne pas dépendre des autres et s'en sortir seul.
L'évolution des personnages est, en soit, bien traité. Simon (Joe Pesci) n'est pas n'importe quel SDF, comme il le dit lui même: "Yes I'm a bum. But I'm a Harvard bum." Et ça aussi, c'est plutôt original. Et en plus de ça, il y a une belle B.O avec des groupes comme The Cult, The Pretenders ou Duran Duran. With Honors est donc un film que je ne regrette pas d'avoir revu, et c'est le type de film qu'on peut s'acheter en DVD et regarder le soir sous une grosse couette. C'est efficace, sans prétentions, et même s'il est plus ou moins passé inaperçu, Joe Pesci dans un rôle comme ça, c'est plutôt carrément intéressant.
En somme, c'est un film à voir si vous aimez les histoires simples, proches de la vie, et pas trop déprimantes. Je trouverai ça presque dommage que ce style de film ne sorte pas plus souvent, car mine de rien, c'est un film qui fait réfléchir, et non, pas seulement aux statuts des SDF. Car ce film est aussi un débat sur la vie et ce qui nous entoure, sur le fait qu'il faut parfois ouvrir un peu les yeux pour vraiment voir le monde au lieu de vouloir tout analyser selon des livres. C'est aussi une critique des grandes Universités et d'un système d'éducation pour les privilégiés. Et ne vous laissez pas avoir par Brendan Fraser, ce type est un bon acteur, et il vaut vraiment la peine quand on regarde autre chose que ses films récents. Et pour la route, je vous mets la petite citation qui m'avait marqué à l'époque:
"You shall no longer take things at second or third hand, not look through the eyes of the dead, nor feed on the spectres in books. You shall not look through my eyes either, nor take things from me, you shall listen to all sides and filter them from yourself." (Walt Whiltman)