
We're no Angels est un film réalisé par Neil Jordan, réalisateur que j'admire profondément et qui a fait d'excellent films dont je vous avait déjà parlés comme Michael Collins, Ondine (cette année), ou bien encore Entretien avec un vampire. Ici, il s'attaque à un remake d'un film de Michael Curtiz qui s'appelait en français La cuisine des anges.Si l'original de 1955 était avec Humphrey Bogart, le remake ne s'est pas gêné pour garder du très lourd au niveau de l'équipe, et s'est payé le luxe d'avoir non pas un, ni deux, mais trois acteurs prestigieux pour les rôles principaux. Robert De Niro tout d'abord, égal à lui même à un point qu'il frôle le cabotinage dans certaines scènes. A ses côtés Sean Penn à l'époque ou il jouait des petits jeunes rebels et pas forcément très futés... Deux gros acteurs sortit tout droit de l'Actors Studio et qui nous démontrent qu'ils savent jouer sur tous les registres dans un seul et même film.
L'histoire est plutôt simple. Une petite ville se trouve bouleversée lorsque 3 détenus s'évadent d'une prison. L'un d'entre eux disparaît et nous suivons les deux autres, qui vont se cacher dans la ville incognito en se faisant passer pour deux prêtres. Tout cela se passe dans une ville minuscule dans les années 30, tout proche de la frontière du Canada. Les deux évadés vont tout faire pour essayer de traverser le pont sans se faire arrêter, mais ils vont vite réaliser que se faire passer pour des prêtres n'est pas de tout repos... Ils vont devoir participer à la vie de l'Eglise et vont en fin de compte passer plus de temps dans la ville que sur le pont.
Le film jongle habilement avec le comique de la situation tout en passant de temps à temps à des scènes plus difficiles. Mais en soit, le ton est vraiment léger et c'est un film extrêmement agréable à regarder. Le casting est un régal, et le seul défaut qu'on pourrait trouver à ce film, c'est la coupe de cheveux de Sean Penn. (Bon, ok, j'exagère).We're no angels est un film dont personne ne parle et qui mérite pourtant d'être vu. C'est est en soit un film dramatique mais n'est pourtant pas dépourvu d'un certain humour, notamment lorsque les deux protagonistes passent tout le film à essayer de traverser la frontière, sans grand succès. Ils sont toujours rappelés à l'ordre par leur "destin", comme si une force étrange les retenait dans cette petite ville farfelue. Mais cette force est à prendre au second degré car le film ne se veut absolument pas religieux. Les plans sur la vierge Marie ainsi que l'excellente scène ou le personnage de De Niro se mets à prier place le film sous un ton plutôt humoristique. Les personnages religieux sont vus comme des excentriques, souvent simplets ou complètement naïfs. Un de ces personnages secondaires est interprété par un jeune John C. Reilly, lui aussi habitué aux rôles de grand dadet naïfs qui lui vont si bien. Dans un autre registre, James Russo, le troisième détenu évadé qu'on ne verra en fin de compte quasiment jamais, amène le côté "bad guy" qui aurait pu manquer au film. Car le film a beau être sur des détenus, ils sont très loin d'être de mauvais garçons. On ne sait absolument pas pourquoi ils sont allés en prison et on s'en fiche pas mal: on est censé les apprécier. En fin de compte, chaque acteur se retrouve à une place qui lui revient de droit. De Niro joue les durs au grand coeur tandit que Sean Penn allège le ton avec son regard de chien battu et ses grands yeux innocents. Et parce qu'il faut bien une touche féminine, c'est à Demi Moore qu'a été confiée cette lourde tâche. On ne la voit que très peu, et je n'ai pas accroché plus que ça à son rôle, mais c'est tout de même agréable de voir trois grands acteurs dans un même film.
We're no angels est réalisé comme un film classique. Une histoire de base, des acteurs au jeu qu'on connaît par coeur. Un quiproquo, une dizaine de figurants, du comique de répétition sur fond d'histoire dramatique. Bref, ce film n'a en soit rien d'original. On sait d'où on vient, on sait où on va et comment on va y aller. Mais peu importe, on ne regarde pas ce film pour le goût du suspens. C'est un film esthétique qui marche à son niveau. Le réalisateur sait ce qu'il fait mais ne prend pas de risques, ce qui en fait un film sympathique, drôle par moments, mais pas assez pour sortir du lot et se placer dans le top. Dommage, quand on sait le potentiel d'une équipe aussi talentueuse.
Pourtant, toutes les scènes fonctionnent bien et le décors atypique rend le film un peu moins conventionnel qu'on ne pourrait le croire. Neil Jordan, adepte des petites villes et des communautés? C'est ce que je commence à me dire, surtout après avoir vu récemment Ondine. Il développe un petit délire parallèle autour de la religion, comme il le fait dans Ondine avec les légendes. Mais sans jamais prendre parti. C'est à nous de voir si l'on y croit ou non. C'est au spectateur d'apporter sa propre expérience et ses propres croyances en regardant le film. On retrouve également un rapport à l'eau assez intéressant: l'eau lave les péchés? L'eau coule (non sans rire), peut-être comme la vie des personnages... Dans tous les cas, on retrouve quelques "images" originales, comme la statue de la vierge Marie qui tombe dans une cascade avec une petite musique mystifiante, qui rend la scène plutôt drôle. En règle générale, j'ai beaucoup aimé ce film, bien que je ne sois pas une grande fanatique de De Niro, ni même de Demi Moore. Ce fut cependant une belle découverte, et je suis étonnée de ne jamais avoir entendu parler de ce film avant. Je vous fait donc part de ma petite découverte. Et pour les flemmards, il est même sur Youtube en plusieurs parties... Enjoy !