
Comme vous aviez pu le voir lors de ma thématique sur l’IRA, les films Irlandais et moi, c’est une grande histoire d’amour. C’est donc le cœur enjoué que je suis allée voir le dernier Neil Jordan, lui qui m’a toujours habituée à faire des très, très bons films… Pour n’en citer que quelques uns : Entretien avec un Vampire,The Crying Game, Breakfast on Pluto, Michael Collins . Malgré une affiche franchement moche, le film est très beau, dans tous les sens possible.
Ici, il signe un film plus intimiste, et nous emmène au cœur de l’Irlande, dans un petit village de pêcheur à Cork, dans la péninsule de Beara. C’est l’histoire d’un pêcheur nommé Syracuse (Colin Farrell), que l’on surnomme Circus à cause de son passé d’alcoolique. Circus est divorcé et papa d’une petite fille qui a un problème de santé et qui l’oblige à passer la plupart de son temps en chaise roulante. Lui passe son temps en mer à essayer de gagner sa vie avec la pêche, mais n’y arrive pas vraiment… Un jour, il fait ce qu’on pourrait appeler une pêche miraculeuse : il pêche une jeune femme, qui dit s’appeler Ondine. Perturbé par cette trouvaille et par la beauté de la jeune femme, il l’aide à se remettre sur pieds en l’hébergeant chez lui. Ondine est étrange et semble ne pas vouloir être vue de quelqu’un d’autre que Syracuse. Lui pense qu’elle est immigrée clandestine, mais ne pose pas trop de questions et continue à vivre sa vie comme si de rien n’était. Mais rapidement, des évènements étranges se produisent, et la fille de Syracuse soupçonne Ondine d’être une sorte de Sirène d’Ecosse : une Selkie. Elle serait donc sortie de l’eau pour un temps dans l’espoir de tomber amoureuse d’un « homme de la terre ». La petite fille se renseigne sur le sujet et en parle à son père. Ce qui pourrait parraître complètement dingue parraît en fin de compte de plus en plus plausible. Coincidence ? Réalité ? Ou imagination débordante ? Ca, je vous laisserai le découvrir par vous même si vous regardez le film…
Mais ne vous laissez pas avoir par un simple résumé qui pourrait présenter le film comme étant un film fantastique ou une version Irlandaise deSplash. Ondine n’a rien d’un film pour les enfants, et est plutôt un mélange de mysticisme et de film indépendant, qui se fond joliment avec les décors du film. La mer, du vent, des couleurs grises et bleutées : l’Irlande de l’hiver, du froid… Ce n’est pas un film qui essaye d’être magique ou qui essaye de nous faire rêver. Car en fin de compte, nous ne savons pas quoi penser : tout comme la petite fille et son père Syracuse, nous sommes tiraillés entre l’envie de croire aux Légendes Selkies, mais nous gardons toujours ce petit doute, cette petite voix en nous qui nous dit : « mais non, ça serait trop dingue ». Parce que voilà, tout le mystère du film repose sur son ambiance : tout est présenté comme un film banal, du coup, on doute. Mais tous les éléments nous amènent à penser qu’Ondine est une Selkie : elle chante, et lorsqu’elle chante, la pêche est meilleure. De plus, la légende dit qu’un mari Selkie doit essayer de la retrouver et justement, un homme mystérieux débarque en ville…
A côté de ça, le film se mets en place doucement mais agréablement : on ne s’ennuie pas, et on se laisse prendre au jeu avec un certain plaisir. Colin Farrell est brillant comme à son habitude : il dépeint un personnage pathétique mais attachant, profond par sa simplicité. Malgré sa célébrité et son physique clairement avantageux, il arrive à se fondre dans le film et à donner le meilleur de lui-même, chose que j’apprécie grandement chez lui. Il ne joue pas du tout de son physique et arrive presque à avoir l'air banal. Il est touchant sans en faire des caisses et donne à son personnage un réalisme fort qui se marie bien avec le personnage de Ondine. Elle est interprétée par Alicja Bachleda, une chanteuse Polonaise, tellement belle qu’on retient son souffle dès qu’elle est à l’écran, exactement comme Syracuse. Les dialogues sont fabuleux et sont le gros point fort du film, notamment toutes les scènes entre Syracuse et le prêtre, confident ironique et plein de finesse dans le jeu comme dans le personnage
Le seul bémol de ce film pour moi : le personnage de la fille de Syracuse : Annie. L’idée de personnage est pas mal, mais j’ai trouvé que l’actrice était franchement agaçante. Malgré le fait qu’elle apporte le franc parler des enfants et que cela créer des jolies ruptures avec le reste du film, je n’ai pas vraiment aimé cette partie de l’histoire. En fin de compte, le film aurait été tout aussi bien sans elle. Sa présence fait des grosses parenthèses dans l’histoire et c’est parfois dommage, car au fond, on a une seule envie : savoir si Ondine est une Selkie ou non. Un joli conte moderne et lyrique.