
Made in Dagenham est un film qui parle de la grève des femmes à l’usine FORD dans la ville de Dagenham, en Angleterre, en 1968. C’est inspiré d’une histoire vraie, même si à l’origine, les femmes ne travaillaient pas a Dagenham mais un peu plus loin. Le film raconte donc l’histoire de ces femmes ouvrières qui décident de faire grève pour la première fois de leur vie, afin de demander les mêmes droits que les hommes. Même si au début, elles voulaient essentiellement avoir des conditions de travail moins difficiles. Le film est réalisé par Nigel Cole qui a déjà réalisé un film du même genre (des femmes qui prennent les choses en main) : Calendar Girls. J'ai vraiment vu ce film par hasard, et je ne l'aurai sûrement jamais vu si j'avais lu le résumé avant. Mais je n'ai pas regretté et j'avoue avoir passé un bon moment. Innatendu ?
Avant toute chose, j’aimerai préciser que ce n’est pas un film spécialement féministe. Parce que le féminisme, ça a tendance à m’énerver, et ce film était juste intéressant. Vous l’avez compris, je regarde un peu tous les films qui passent, quel que soit le sujet. Et ce film ne parle pas de quelque chose qui m’intéressait spécialement. Mais c’est là la force du cinéma : arriver à intéresser le public à des histoires différentes. Et ici, on arrive à éviter le bla bla énervant du féminisme. On suit simplement l’histoire et l’évolution de la grève. Mais le film est sorti en 2010, il n’essaye donc pas de faire changer les choses. Il se contente simplement de raconter ce petit passage presque oublié de l’histoire. Et il se concentre sur un personnage principal : Rita (Sally Hawkins) qui se retrouve malgré elle à diriger la grève et à en devenir son porte parole. C'est un très bon choix de casting, et je trouve que c'est une actrice qui supporte très bien le film tout en lui faisant prendre une tournure mignonne et intrigante.
Ce que j’ai apprécié dans Made in Dangenham, c’est qu’on reprend tout ce qu’on a déjà vu dans un film ouvrier : le principe de la grève, le milieu « usine », le travail à la chaine. Mais il y a des petites touches féminines : elles vont boire du thé lorsqu’il se met à pleuvoir, elles ont moins de patience lorsqu’il s’agit de rester dehors à tenir des pancartes, elles s’excusent lorsqu’elles parlent mal, se font des compliments sur leur vêtements, etc. Un film touchant à sa façon, mais qui a eu l’intelligence de ne pas chercher à raconter des histoires tristes pour conquérir son public. J’ai trouvé que c’était un film réaliste. Bien que je ne connaisse rien au contexte ni au sujet, c’est le sentiment que j’ai eu tout le long du film : du réalisme. Jamais de « too much ». Tout ça sur fond de musique rock comme The Temptations, The Easybeats, The Troggs, James Brown, The Kinks. Et un thème principal écrit par Billy Bragg. Une musique moderne pour des idées modernes ?
J’aimerai aussi rendre hommage au travail extraordinaire qui a été fait pour ce film : celui de la reconstitution historique. Les femmes ont des looks très intéressants, très beaux, et qui collent vraiment avec l’image qu’on peut avoir de la féminité britannique dans les années 60. Les coiffures, les vêtements, les costumes : tout est réuni pour faire un film esthétique, léger, et drôle. C’est là la force du cinéma anglais : faire passer un message social tout en gardant un côté spectacle, un vrai langage cinématographique. Les actrices principales sont très belles, mais elles n’ont pas l’air de sortir d’une publicité Hollywoodienne. Et ce n’est pas si simple que ça d’arriver à allier beauté et look ouvrier, sans que cela n’ait l’air faussement épuré. Alors ça aussi, j’ai apprécié. Le personnage masculin principal est lui aussi du côté des femmes : Albert est leur conseiller, leur "père" à toutes. Il les soutient avec humour et intelligence. Ce personnage change de l’habituel patron fermé et macho. Joli. Et l’acteur Bob Hoskins fait ici un travail formidable.
Made in Dagenham est un film agréable à regarder. On y découvre le train de vie des femmes ouvrières : la routine, le travail difficile mais fait sans se plaindre. On voit que ce sont des femmes qui ont des choses à dire, mais qui viennent d’une classe sociale où elles ont appris à rester à leur place. Jusqu'à ce qu’elles comprennent qu’elles ont des droits, et qu’il n’est pas si intolérable de se faire entendre. Une fois de temps en temps. Malgré un sujet peu attirant, c’est un film rafraichissant qui donne le sourire et qui n’appelle pas à la révolution. Ce n’est pas un film qui passe un message de haine ni de violence. Le sujet est vraiment traité de façon très légère, et c’est sûrement ça qui fait que ce film est sympathique : il montre juste que leur requête était justifiée, sans avoir besoin d’en faire des tonnes ou de haïr le système. Un joli film, sans plus.