
La vierge des tueurs aka La Viergen de los sicarious est un film réalisé par Barbet Shroeder, réalisateur français qui à vécu en Colombie jusqu’à ses 11 ans. Il a étudié la philosophie et le cinéma aux Cahiers du Cinéma, entre Godard et Rohmer.
Le film se passe donc en Colombie, à Medellin, et raconte l’histoire d’un homme d’une cinquantaine d’année qui tombe amoureux d’un jeune homme bien plus jeune que lui. Directement après leur rencontre, les deux hommes ne vont plus se séparer. Le plus âgé, Fernando, un écrivain, dit être revenu en Colombie après 30 ans pour y mourir. Tout est différent, la mafia du cartel de la cocaïne fait la loi dans la vallée, il y a des meurtres et des agressions tous les jours, plus personne ne respecte les autres, et toute sa famille est décédée.
Il trouve donc refuge dans son appartement en compagnie de Alexis, un jeune de 16 ans, homosexuel comme lui. Les deux apprennent à se découvrir et partagent leurs points de vue sur leur pays, avec leurs différentes expériences. Le jeune Alexis est un ancien membre d’un gang et est habitué à porter son flingue sur lui, n’hésitant pas à tuer pour se défendre.
Le film est un débat sur la vie et la violence dans un des pays les plus violents du monde. On y découvre deux visions de la vie, et une jolie métaphore des conflits des générations : les anciens ne comprennent pas d’où vient cette violence, et les jeunes en font leur quotidien. Fernando finira même par dire à son jeune amant « laisse les vivre, c’est tout ce qu’ils méritent ». La vierge des tueurs est un tableau composé de toutes ces vies qui ne valent rien, et pourtant, on se demande comment une ville entière peut en arriver là.
Le sujet est difficile et ne prête pas à sourire, mais les dialogues entre les deux personnages principaux sont presque amusants. Le film est adapté du roman du même nom, écrit par Fernando Vallejoqui a également participé à l’écriture du scénario, autobiographique. L’écrivain-scénariste Fernando Vallejo et le réalisateur Schroeber sont tous les deux des enfants de la Colombie et ont réussi à rendre le film souvent comique malgré le contexte.

Peut-être grâce à la personnalité des auteurs, ou peut-être grâce aux acteurs. J’ai adoré les *blagues* récurrentes, comme le fait que Fernando ne supporte pas le bruit et demande toujours aux taxis de baisser la radio…tout ça pour se plaindre du manque de bruit la nuit etc.
La pédérastie du héros serait de nos jours appelée pédophilie, mais il n’y a rien de choquant à ce niveau dans le film. Car même si le gosse a 16 ans, on voit très bien qu’il est réellement gay et qu’il a des sentiments, on aurait même envie d’appeler le film la verge des tueurs…Bien sur, Alexis profite de l’argent de Fernando, mais ils développent un délire commun de le jeter par les fenêtres…littéralement. Fernando apprend à Alexis que l’argent et le matériel ne sont que secondaires, et il essaye de lui apprendre la différence entre vouloir tuer quelqu’un et le faire réellement. Les réactions des gens dans le film face aux meurtres sont vraiment incroyables…il faut le voir pour le croire, on dirait qu’ils ne réalisent même plus ce que c’est que la mort, et pourtant, ils sont très croyants.
Le film est très difficile pour beaucoup de sujets qu’il aborde : la mafia en Colombie, le fait que tous les jeunes trouvent du travail là dedans, l’interdiction de la contraception, la surpopulation, les discours aberrants du président…La vierge des tueurs est pour une fois une vraie vision de la Colombie, bien éloignée de ce qu’on nous donne à voir au journal de 20h ou sur les reportages français.
Malgré toute cette horreur, on découvre que la vie continue et qu’il reste de la beauté même en pleine violence. Comme dirait le personnage de Jeff Goldblum dans Jurassik Park, la vie trouve toujours un chemin. J’ai vraiment aimé ce film, même si j’ai eu un peu de mal à tout suivre car le film est en espagnol. Les acteurs sont justes et honnêtes, comme le film. Le rythme est par contre assez lent et je ne pense pas que ça plaira à tout le monde. Mais moi, j’ai vraiment apprécié toute cette folie meurtrière traitée avec poésie.