
Trente ans après le début de l’apparition du Sida aux Etats-Unis le réalisateur David Weissman, originaire de San Francisco, réalise un documentaire sur le sujet. A travers les témoignages de 5 personnes qui l’ont vécu, ’We were here’ présente le portrait d’une ville dévastée par le Sida à l’époque. Il relate comment les homosexuels venaient tous à San Francisco pour être enfin libre. Pour les gays de l’époque, c’était le temps de l’exploration du pouvoir politique et de la libération sexuelle. Politique, grâce au politicien Harvey Milk, qui fut assassiné quelques mois plus tôt. Ce documentaire est d’ailleurs comme une prolongation historique de ‘Milk’ de Gus Van Sant. On y apprend à quel point la communauté Gay a souffert de l’apparition de la maladie. Mais elle les a aussi rendu plus fort, plus unis. A l’époque, des personnes extraordinaires ont tout donné pour sauver des vies, et soulager les souffrances. Comment ? Par la création d’un centre pour les malades : The AIDS Ward.
The AIDS Ward était un endroit à la fois beau et terrible. C’était un endroit pour soutenir les gens, leur parler, les écouter, les aider à vivre. Ils ont créé un environnement contrôlé, pour minimiser les risques de maladies qu’ils pouvaient contracter à cause du Sida. Un témoin raconte les rencontres de couples à l’hôpital, ou les parents qui perdaient leur fils… Il parle aussi de l’homophobie des parents qui apprenaient que leur fils était gay. Tous ces témoignages sont la force de ce documentaire : très touchant, très difficiles à regarder, mais toujours très sincères. L’un d’entre eux raconte comment ils ont aidé un de leurs amis à se suicider, qu’ils ont organisé une fête et qu’ils ont pu tous lui dire au revoir avant de l’aider à partir… C’est un ‘beau’ sujet, car il se base plus sur les relations humaines de l’époque, et pas sur la maladie. C’est difficile d’imaginer ce que ces personnes ont pu vivre et ressentir, mais on comprend l’horreur de la situation. En effet, le documentaire nous montre également les articles de journaux sur les nombreuses victimes. Les obituaires passèrent de quelques lignes à des pages entières. Chaque jour, des jeunes hommes, majoritairement homosexuels, meurent. Un témoin raconte qu’un médicament fut testé pour guérir le Sida, tous ses amis et collègues l’ont pris, et tous sont morts… Sauf lui. Lui n’a pas pris le médicament a cause des effets secondaires trop violents, et c’est ce qui lui a sauvé la vie. Un autre témoin raconte que tout le monde autour d’eux mourrait, et qu’il n’osait plus demander des nouvelles des gens, de peur qu’on ne leur dise qu’ils ne soient morts aussi.
Mais la maladie se ressentait également dans leur mode de vie. Un des lieux de rendez-vous gay était les Bath House (mais ces lieux existaient bien avant). Avec l’arrivée du Sida, le gouvernement décide de fermer ces Bath House pour empêcher la maladie de se propager. Scandale. La communauté lesbienne essaye également d’avoir son mot à dire sur le sujet : pour elle, la question n’est pas le sexe public. Elle cherche à élever le débat pour aider à construire et préserver une vraie communauté. Tous les témoins, comme tout le monde à l’époque, ont perdu presque tous leurs amis. Un des témoins raconte comme il était difficile, ne serait-ce que de regarder quelqu’un de malade, même si on l’était aussi. Les changements physiques étaient terrifiants. Le même témoin dit avoir eu l’impression de vivre dans un camp de concentration, en référence au physique des gens qui parcouraient les rues de San Francisco, et de son quartier : Le Castro.
Le documentaire parle ensuite de l’idée de trouver un traitement et lancer des recherches. A l’époque, on aidait surtout les gens à mourir, mais pas à les soigner. Un témoin raconte qu’a l’époque, en ayant le sida, beaucoup de jeunes hommes sont devenus aveugles. La peur était constante, et elle avait tous les visages. Alors il devenait invraisemblable de ne pas chercher à comprendre et à analyser la maladie.
‘We were here’ est un documentaire poignant sur un sujet trop peu connu du grand public. C’est un appel à la lutte contre la maladie, mais aussi un beau témoignage sur le sens de la communauté. C’est évidemment assez difficile à regarder à certains moments, mais c’est important de comprendre, important de savoir. Alors on s’accroche jusqu’au bout, on ouvre grand ses oreilles, et à la fin, on ne regrette pas de l’avoir regardé. Du moins pour ma part…