
Réalisé par Gregg Araki quatre ans après Doom Generation, Splendor est un film beaucoup moins glauque, mais tout aussi intéressant. Le sujet est différent, et heureusement, mais on retrouve déjà des thèmes qui reviendront tout au long de sa carrière. Ici, il s'intéresse aux mécanismes de l'amour et du désir et les appliquent dans un contexte original et rarement vu au cinéma : celui de l'amour à trois.
Le film débute avec un détachement royal du sujet (le sexe) et beaucoup d'humour afin de nous présenter le personnage principal : Veronica (Kathleen Robertson). Elle est la narratrice et nous explique qu'elle vient d'une ville paumée mais qu'elle a décidé de venir vivre à Los Angeles vu que ses rêves étaient trop grands pour une petite ville. Elle nous raconte ensuite sa rencontre avec les deux hommes dont elle va tomber amoureuse : Zed et Abel. Mais pas de panique, dès la première image du film, on a compris que le film parlerait d'un couple à trois. Il n'y aura donc pas de plan drague larmoyant ni de monologue sous la pluie. Ce film reste avant tout un film de Gregg Araki, qui a tout de même le bon sens de faire des choses un minimum originales même avec des histoires basiques. Mais voilà, avant d'en arriver à ce couple à trois, on découvre les deux rencontres et toute l'évolution du (ou plutôt des) couple(s). Puis vient le couple à trois, avec tous les problèmes qu'on peut rencontrer. Les deux acteurs principaux font vraiment un travail sympathique, même si ce n'est pas le genre de rôle qu'on retiendra d'eux... Chacun a sa personnalité, chacun est attachant et drôle, mais on comprend bien qu'au fond, le seul personnage important, c'est Veronica.
Le film jongle habilement avec des scènes clichées puis balance une réplique qui détruit tout sentiment de déjà-vu. Encore une fois, Gregg Araki propose des personnages originaux et singuliers, autant par leur apparence que par leur personnalité. Quant à la musique, elle apparaît toujours aux bons moments et est très, très bien vue (ex : musique de la jungle lors d'une scène de sexe bestiale avec un mec qui a tout l'air de Tarzan)... Une des premières scènes entre Veronica et Abel est également vraiment intéressante au niveau de la mise en scène : les deux discutent et se découvrent et, derrière, des écrans diffusent leur image. Le rendu est non seulement classe et original, mais donne un sens tout autre à leur rencontre. Déjà, on ressent comme la présence d'autres personnes, comme s'ils étaient 4 et pas 2, ou comme si l'écran permettait de doublement se découvrir. Leur rencontre était censée se passer comme dans un film et, là aussi, ça en rajoute une couche... et pour moi, Gregg Araki c'est exactement ça : prendre des scènes banales et en faire quelque chose d'autre, de fort, de magique. Le film est une comédie romantique atypique, une ode à la liberté sexuelle et surtout un hommage aux comédies hollywoodiennes. La qualité du film est renforcée par la présence de Kelly Macdonald, que j'adore depuis son rôle de Diane dans Trainspotting. Kitch au possible, elle est parfaite dans le rôle de la meilleure amie loufoque et décalée. Cliché ? Peut-être, mais encore une fois, cela colle à l'univers de Gregg Araki : un personnage principal paumé, un meilleur ami du sexe opposé et souvent homosexuel(le), des points de vue tranchants sur la sexualité des jeunes...
Splendor traîne tout de même un peu vers le milieu du film, mais l'esthétisme, l'humour et la narration redonnent souvent du rythme. C'est donc un film que j'ai vraiment aimé, comme en fin de compte tous les films de ce réalisateur. Il arrive toujours à créer un univers qui nous semble réel et qui pourtant est à des années-lumières du monde réel. Proche de David Lynch mais toujours plus accessible, Gregg Araki reste un de mes réalisateurs préférés. Et il arrive toujours à me surprendre. Ce film est un peu un ovni dans sa filmographie au même titre que Smiley Face, mais on retrouve des ébauches de ce que seront ses films d'après. Splendor reste un film léger sur la sexualité qui se place en marge de la société et des aprioris. Il n'y a rien de glauque et tout est plutôt traité de manière comique et agréable. On est très loin des comédies de base américaines, je vous rassure... Le retournement de situation (commun aux films d'Araki) est comme toujours assez marrant et relance le film pour détruire complètement tout ce qu'on avait connu depuis le début. Comme dans tous ses films en fin de compte... Mais personnellement, j'aime beaucoup. Et il y a même un personnage qui a les mêmes lentilles bleues que dans Kaboom...
C'est donc un film que je conseille, même si je pense que c'est plutôt un film qui plaira aux filles. Mais après tout, il est réalisé par un mec, donc il n'y a pas de raison...