
Kaboom est le dernier film en date de Gregg Araki, cinéaste culte de la pop-culture, et a été présenté lors du dernier Festival de Cannes. Film complètement barré, il est décrit par son réalisateur comme un film mûr sur une période immature et pourrait être un subtil mélange de David Lynch, Larry Clark et John Waters. Mon avis sur le film est très partagé, mais si je devais choisir entre le qualifier comme "bon" ou "mauvais", je choisirai "bon" sans aucune hésitation.
Le film raconte l'histoire de Smith, un jeune garçon bisexuel qui penche plutôt du côté gay. Lui fantasme complètement sur son "roomate", Thor, un grand blond musclé, surfeur complètement idiot. Sa meilleure amie, Stella, est lesbienne, et va elle aussi s'enticher de la mauvaise personne : Lorelei. Lorelei est visiblement une sorcière (une vraie) qui va s'avérer être une grosse psychopathe... A côté, Smith se tape London, une jeune anglaise extravagante. Tout se passe bien dans un monde de jeunes : chacun se cherche, d'autres se trouvent, l'alcool coule à flots. Jusqu'au jour où, après un mauvais trip sous drogues, Smith pense assister à un meurtre rituel, commis par des types avec des masques d'animaux. Inquiet, il décide de mener l'enquête, accompagné de London et Stella. A partir de là, tout devient de plus en plus étrange autour de lui, il ne sait plus vraiment ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. Paranoïa ? Véritable complot ? Le reste ne se raconte pas, parce que c'est trop... exceptionnellement barré pour vous le résumer. Et parce qu'il faut découvrir le film pour avoir la suite de l'histoire, sinon ça ne serait pas drôle...
La première chose que l'on remarque dans le film, et ce dès les premières secondes, c'est l'excellente photographie de Sandra Valde-Hansen. Des images magnifiques, des couleurs et des personnages sublimés, le film est une belle claque visuelle. En effet, que ce soit au niveau de la lumière ou au niveau des costumes, Kaboom est effectivement une explosion à tous les niveaux. A des années lumière de Mysterious Skins, Araki reprend tout de même tous les thèmes qui lui sont chers. La jeunesse, la confusion des genres, l'homosexualité et le paranormal. Et il n'y a pas à dire, Greg Araki sait cerner la jeunesse et ce qui plaît à ces générations "Skins Party" : du sexe, de la beauté, du kitch, et tout ça sur un fond complètement délirant. Le début du film est une véritable tuerie, qu'on apprécie ou non les films sur l'adolescence. Et ce n'est pas du American Pie. C'est du réel. Du réel magnifié, mais du réel quand même.
"Gregg Araki se réfère (en images et dans ses interviews) à David Lynch pour décrire cette conflagration entre la trivialité quotidienne et l'horreur surnaturelle." (Le Monde)
Araki frappe très fort en choisissant un acteur charismatique qu'il sait rendre très (très) beau : Thomas Dekker. Inutile de vous dire que je suis incapable de rester objective à partir de là étant donné que j'ai passé la moitié du film à regarder l'acteur plutôt que le film. Mais bon, j'ai été tout autant subjuguée par Juno Temple, petite actrice montante du cinéma qui n'aura de cesse de me surprendre. A ses côtés, Haley Bennett, qui elle aussi est complètement scotchante. Pour aller plus vite, on peut dire que la plupart de l'esthétique du film est concentrée sur les acteurs. Tous les détails ont clairement été réfléchis, que ce soit les boucles d'oreilles d'une actrice ou le maquillage d'une autre. C'est sincèrement la première fois que je vois d'aussi beaux costumes pour un film qui se passe de nos jours.
Grande adepte de Gregg Araki, ce film est pourtant loin d'être mon préféré. J'ai adoré la première partie du film, mais je n'ai pas du tout accroché à la fin. Car vers la moitié (ou un peu plus), le film part en vrille et devient du délire total. Ce n'est plus du tout un film sur l'adolescence, mais une véritable chasse au passé et une chasse à l'homme qui commence. Le spectateur ne sait plus trop où il en est, et même si c'est fait exprès, j'ai trouvé ça presque dommage que tout bascule à ce point là. On dirait sincèrement que le réalisateur a pris du LSD et qu'il pète complètement les plombs sur la fin du film. Dans un sens, c'est ce qui fait sa force, mais de l'autre, peut-être aurait il pu y aller un peu plus en douceur, tout en gardant le fond de l'histoire. En fin de compte, on se croirait presque dans l'incompréhensible Southland Tales, sauf que là au moins, on comprend l'histoire...
"La vision (au sens propre) d'Araki : figurer l'inéluctable sortie de l'adolescence, cette ère de tourments et d'indécisions, de jouissances sans entrave et de pulsions morbides, comme une apocalypse. Mais une apocalypse au sens où l'entendent les sectes millénaristes : joyeuse et jubilatoire, une mort en forme de renaissance, comme la métamorphose d'une chrysalide. Avec ce petit pas de côté qui justifie d'en rire et de monter le son au moment où ça pète. Il y a donc toujours quelque chose à tuer chez Araki parce qu'il y a toujours quelque chose dont on peut jouir et que si l'orgasme est une petite mort, la vraie mort doit être un sacré pied à prendre." (Lyoncapitale.fr)
Au delà du caractère clairement philosophique du film, j'ai profondément adoré les relations entre les différents personnages, ainsi que les dialogues cinglants. L'esthétique restera tout de même ce que j'ai le plus retenu du film, mais certains personnages secondaires, comme Lorelei (la méchante sorcière) ou Thor (le colocataire), apportent une dimension nouvelle à un film qui a déjà de multiples facettes. Lorelei est réellement flippante dans son genre, et j'ai beaucoup aimé ce personnage. Araki, avec ce personnage, arrive à garder le côté sombre et glauque qui lui est si cher et arrive avec brio à l'intégrer dans un film bien plus lumineux que ce qu'il a fait avant. Il se rapproche pourtant plus de Doom Generationque des autres, mais trouve une nouvelle approche de l'adolescence, plutôt sympathique et délurée. La sexualité intense du film était très bien vue et surtout, vraiment bien filmée, comme tout le reste. Mais quoiqu'on puisse en penser, Kaboom est un film qui ne laisse pas indifférent. Que vous aimiez ou non les films sur l'adolescence, c'est un film qui apporte vraiment quelque chose et qui n'a rien à voir avec un Teen Movie, malgré une affiche qui pourrait le laisser penser. Psychédélique, pop et aventureux, il sort du lot des films Hollywoodiens et restera un des meilleurs films que j'ai vu cette année.